—Oui, la fête est magnifique, répondis-je en m'éloignant encore de lui.»

Le grand homme noir me poursuivit en répétant mes derniers mots, et en ajoutant:

«Oui, la fête est délicieuse… Mais penser que le souffle de la brise du matin peut enlever tout cela!… car enfin vous l'avez vu à minuit déjà, tout cet échafaudage de plaisirs, de profusion et de voluptés, a manqué d'être enlevé par un souffle!»

Et il prit, en prononçant ces mots, une prise de tabac, pour avoir le temps de fixer ses yeux sur les miens, et de remarquer l'impression que sa remarque venait de produire sur moi.

Au risque d'engager une conversation ennuyeuse avec cet étrange personnage, je me hasardai à répondre des choses indifférentes aux observations banales qu'il m'avait adressées… Il continua, après quelques phrases préliminaires échangées entre nous.

«Vous êtes, m'a-t-on dit, un des amis de l'Amphitryon?

—Je le connais depuis quelque temps.

—Oui, quand je dis un des amis, c'est une des connaissances que je voulais dire; car on m'a même assuré que vous aviez blâmé les fous préparatifs de cette fête, qui du reste est d'un luxe inouï, d'un faste tout-à-fait royal…

—Je n'ai pas caché, à cet égard, ma pensée à celui que mes conseils pouvaient intéresser.

—Vous avez eu raison; mais il n'était et il n'est même plus temps: la brise du matin, cette brise dont je vous parlais tout-à-l'heure, enlèvera tout, et ne laissera que des ruines à la place de tant d'indicibles joies.»