—Puissent vos recherches, madame la comtesse, et tout le bruit inutile que vous allez faire, vous convaincre de mon innocence dans toute cette affaire qui paraît vous tenir si fort à cœur!

—Un mot, monsieur, un mot seulement, avant que je ne vous quitte pour courir au gouvernement… Quel était cet homme?

—Je vous l'ai déjà dit, madame.

—Non, vous avez voulu me donner le change… votre main tremble trop et votre voix est trop émue pour que vous m'ayez dit la vérité!… C'était mon prisonnier!

—Et quand cela serait, quel intérêt aurais-je maintenant, je vous le demande, à vous cacher la vérité, et par quel moyen parviendriez-vous à empêcher le succès de ma tentative?

—Quel intérêt, dites-vous? mais celui de gagner du temps et de retarder le départ du bâtiment que je puis envoyer à la poursuite du coupable… Mais écoutez, malgré la cruauté dont vous m'accusez avec un si étrange emportement, je veux bien consentir à ne pas pousser ma vengeance jusqu'à la dernière inflexibilité; mais je mets une condition à ma tolérance: c'est que vous m'avouerez que vous étiez complice de cette évasion, en me donnant le nom du prisonnier que vous êtes parvenu à soustraire à la surveillance du geôlier.

—C'est-à-dire que c'est un renseignement certain que vous cherchez pour vous aider dans la chasse que vous voulez faire donner à cet infortuné?

—Un tel soupçon m'offense trop pour que j'y réponde autrement qu'en vous jurant ici, sur l'honneur de ma famille, que si vous convenez de tout, je ne ferai aucune démarche pour mettre la justice sur les traces du fugitif ou même pour l'inquiéter dans sa fuite.

—Vous me le jureriez par l'honneur de votre famille et de votre nom?

—Ah! c'était donc le prisonnier qui me manque!