—Non, j'ai dit fainéant!!
Comme tu rougis!….. Pourquoi donc te trompes-tu toujours ainsi, et parles-tu comme si tu étais une petite fille!…. L'autre jour encore, quand nous parlions ensemble de je ne me rappelle pas quoi, il t'est échappé de me répondre: non, je ne la suis pas!
—Eh bien! qu'est-ce que cela prouve? me dit mon interlocuteur, tout décontenancé.
—Cela prouve que tu n'es pas un garçon!
—Enfant que tu es! Quelle idée!…
—Je te parie que tu es une femme, et je m'en rapporte à maître
Philippe qui vient, et à qui j'ai dit déjà….
—Au nom du ciel, tais-toi, malheureux…. Si tu savais combien je souffre…? Tu viens de découvrir un stratagème qui, s'il était connu, m'exposerait à devenir la risée de tous ces hommes qui me font peur… Je suis… je suis la femme du capitaine d'armes… Pour le suivre, il a fallu me faire passer pour son parent, pour son cousin. Que sais-je, moi!.. Tu sauras tout; mais tu me promets bien de ne pas trahir la confiance que j'ai mise en toi? Tu m'as toujours paru mieux élevé que ces matelots, au milieu desquels je vis pour mon malheur. Tu te tairas, n'est-ce pas, mon ami?… Tu ne voudras pas me perdre tout-à-fait?…»
Des larmes apparemment roulaient dans mes yeux comme dans les siens, car elle passa doucement sur ma figure, la main dont elle venait de se presser les paupières. Je promis tout. Mais petit Jacques me recommanda bien d'éviter les conversations que nous avions ensemble, et qui avaient commencé à piquer la jalousie de son mari. Je me rappelai, en effet, que le capitaine d'armes m'avait souvent menacé de me donner quelques tappes, pour me punir des torts que j'étais bien en peine de deviner. Les aveux de petit Jacques venaient de m'expliquer la haine du capitaine d'armes pour moi. Je compris la nécessité d'être prudent pour mon petit camarade et pour moi.
2.