Toute l'attention était portée sur les mouvemens du capitaine.

En descendant des barres de perroquet, on remarqua que l'expression de sa physionomie était sévère. Le capitaine avait l'oeil américain, comme disent les matelots, et le tact sûr, comme chacun le savait.

«Le navire aperçu est gros, si je ne me trompe, dit-il à ses officiers. Il a un entre-deux-de-mâts qui semble m'annoncer que ce doit être un marchand de boulets, et qu'il pourrait bien lui pousser une rangée de dents.»

Les officiers qui, comme le capitaine, avaient observé le navire que nous approchions en laissant courir un peu largue, pensaient que ce ne pouvait être qu'un grand trois-mâts marchand, ou peut-être bien un navire de la Compagnie des Indes. Lorsqu'on court les chances périlleuses de la fortune sur mer, on tourne presque toujours les circonstances les plus douteuses, dans le sens des conjectures les plus favorables aux désirs que l'on forme.

Le second du corsaire était d'une joie folle; il insistait, plus que tous les autres, pour qu'on approchât le navire, et pour qu'on lui tâtât un peu les côtes: c'était son expression. Arnaudault prit la parole, de manière à être entendu de tout le monde:

«Il me semble qu'il ne s'agit pas ici de se mettre dedans, par fanfaronnade; chacun est à bord pour sa part et pour sa peau. Je dirai mon idée:

»Je veux bien, si tel est votre avis, tâter les côtes de ce navire; mais s'il les a trop dures.

LE SECOND.

Nous avons à bord des boulets qui seront encore plus durs?

LE CAPITAINE.