Rosalie avait repris le costume de son sexe. Jamais je ne l'avais vue encore aussi jolie que sous le chapeau de soie, au fond duquel se cachait sa jolie petite figure fraîche et vive. Elle voulut elle-même régler les détails de ma toilette, que je négligeais d'une manière désespérante pour elle; mais elle s'attacha à me vêtir un peu moins grotesquement que mon matelot Ivon.

—Et tes parens, me dit-elle, quelques jours après notre arrivée, tu n'y penses donc plus, Léonard? Jamais tu n'as songé aux inquiétudes que ta mère a pu concevoir sur un fils qui l'a quittée, sans lui faire savoir ce qu'il était devenu? Maintenant, elle croit t'avoir perdu, et tu n'as pas encore pensé à lui dire le mot qui doit faire son bonheur et peut-être la rendre à la vie.

—Ma foi, j'aime bien ma mère, mon père et mon frère; mais rien ne me coûterait autant que de leur écrire. Jamais encore je n'ai fait une lettre, et je ne saurais en vérité pas par où commencer.

—Eh bien! si je te disais, mauvais petit sujet, que j'ai déjà écrit à ton père une lettre pour toi, que dirais-tu?

—Eh! je dirais que tu as bien fait: que tu as fait mieux que je n'étais disposé à faire moi-même.

—Tu ne m'embrasses seulement pas, pour me remercier? Tu n'aimes donc plus tes parens?

Et j'embrassai encore une fois Rosalie.

—Mais que va dire ton père? Voilà ce qui m'inquiète.

—Il dira ce qu'il voudra….

—Et tu dis encore que tu tiens à tes parens?