—Marchande de mercerie ou de quincaillerie, hein?

—Mauvais encore. Ça sent trop la rafale, et à Roscoff il n'y aurait que de l'eau à boire, avec des petits couteaux et des aiguilles. C'est pas un métier ça! Cherche encore, et va de l'avant.

—Marchande épicière?

—C'est trop commun: cherche plus haut.

—Et que pourrait-elle donc faire selon toi?

—Elle pourrait tenir un petit café, nous vendre du grog et du punch, du rhum et du bon tabac.

—Mais il faut une licence pour vendre du tabac.

—Oui, pour vendre de mauvais tabac; mais pour vendre de bon tabac, il n'en faut pas: on fait la fraude, quoi donc; et à Roscoff, ils font tous la contrebande comme des canailles qu'ils sont. Je la ferai aussi, moi, et mieux que tous tant qu'ils peuvent être. Tu n'as sans doute pas remarqué, toi, comme tous les corsairiens viennent louvoyer sous le vent et au vent de ta bonne amie?

—Oh! que si que je l'ai bien remarqué!

—Eh bien! mon fils, il faut leur faire payer cher leur louvoyage et le droit d'ancrage le long de cette petite corvette. Quand elle aura un café bien espalmé, ça ne désemplira pas: elle fera bonne mine à chacun et dira bonsoir à tout le monde quand on voudra l'accoster de trop près. Le plomb tombera dans son comptoir, et les paysans se frotteront la mine avec le dos de leurs mains. Qu'en dis-tu, toi?