—Je dis qu'il faut consulter Rosalie.

Rosalie fut consultée. Après une longue et mûre discussion, le projet d'Ivon fut adopté. Nous nous mîmes en course pour trouver un local. Une jolie petite maison à deux étages, boutique sur le devant, salon assez spacieux au premier, fit notre affaire; un bail de trois, six et neuf ans fut passé avec le propriétaire, moyennant le paiement d'un an d'avance. Nous entrâmes en jouissance du local. Il fallut trouver un nom au nouveau café. Ivon prit encore la parole dans cette grave délibération.

—Si nous nommions notre établissement le Café des Trois-Amis, hein? ce ne serait pas mal trouvé; qu'en pensez-vous, vous autres?

—Ce titre est assez commun, répondit Rosalie, et puis nous sommes bien amis sans doute, mais je suis votre amie, et non pas votre ami, et l'enseigne ne dirait pas assez bien ou dirait peut-être trop bien…. Rosalie me regardait, en appuyant sur ces mots, avec un sourire qu'Ivon comprit à merveille.

—J'entends, j'entends la malice, reprit-il… Il y a bien un nom qu'on pourrait mettre sur l'enseigne…

—Lequel? demandai-je.

Aux Corsairiens par exemple?

—Mais ce mot là n'est pas français.

—Pourquoi ne serait-il pas français tout comme un autre?

—Parce qu'il n'est pas français et qu'il ne se trouve pas dans le
Dictionnaire.