—Tout le monde cependant dit corsairien.
—Tout le monde a tort, mon pays, car le Dictionnaire….
—Est-ce que ça me fait à moi le Dictionnaire?
—Il faut pourtant s'en rapporter à quelque chose.
—Quand un capitaine de vaisseau me dirait que corsairien n'est pas français, je lui répondrais qu'il ne sait ce qu'il dit, et que je veux qu'il soit français, moi.
—Comme tu voudras; l'observation que je fais là ne doit pas te fâcher, et si j'avais pu penser….
—Je ne me fâche pas non plus, tonnerre de Dieu; mais quand un mot est bon, il est toujours français, et je me moque de ton Dictionnaire comme de la perruque à Jacquot. Au surplus je conviens qu'en mettant aux Corsairiens sur notre enseigne, il pourrait bien arriver que tous ces museaux fins d'officiers et de capitaines de prise de St-Malo, croiraient parce qu'ils sont corsairiens, que c'est pour eux que nous aurions installé une jolie femme dans un café bien accastillé et bien espalmé, et il ne faut pas qu'ils se mettent dans le toupet… Cherchons autre chose… C'était pourtant un fameux intitulé: aux Corsairiens!..
—Voyons, quel nom décidément donnerons-nous à notre café, ou plutôt au café de Rosalie?
—Si nous mettions tout simplement à la Belle-Bretonne?
—Y pensez-vous, M. Ivon? reprit Rosalie. Me conviendrait-il de me dire à moi-même que je suis belle?