—Sans compter les moustiques, les maringouins et les bêtes à mille pattes, et autres ingrédient de la même nature.

—On transpire déjà à n'y pas tenir…

Chaque cheveu chaque goutte, c'est la consigne; et puis trois chemises par jour, quand on en a de rechange; mais ce n'est encore rien. Vous verrez dans l'hivernage, c'est là que je vous attends, petits moutons-france, c'est-à-dire si vous durez jusque là; car il ne faut jurer de…

—L'hivernage! mais il doit faire plus frais alors que dans les autres saisons?

—Oui, c'est comme ça en France; mais, dans les colonies, l'hivernage ça veut dire le plus chaud. Quand je vous dis encore une fois que dans ce pays-ici, tout est chaviré, il me semble que vous pouvez bien me croire!

—Pourquoi ces champs, encore fraîchement labourés, sont-ils tombés dans la mer?

—Tiens, pardieu! Parce qu'il y a des éboulemens.

—Il y a donc des éboulemens fréquens aux colonies?

—Il y a même, on peut le dire, des tremblemens de terre qui vous mettent sens dessus-dessous les maison, comme un coup de mer vous chamberde en deux temps trois mouvemens, tout ce que vous avez sur le pont d'un navire. Et le tonnerre donc, que ces charabia appellent Maribarou, il faut entendre le boucan qu'il fait tous les soirs dans ces polissons de mornes! C'est à mourir, de rire. C'est la musique du pays, et la terre danse. C'est les Européens qui paient les violons.

—Quel triste séjour, si on n'y faisait pas si vite fortune!