Les esclaves que j'avais traités furent mis à la forme pour qu'ils eussent le temps de s'acclimater avant d'être employés sur les habitations. Ils étaient, en général, de belle espèce; mais on les trouva paresseux. Pepel, tout en me traitant en ami, n'avait pas choisi mon lot dans les meilleures races. Je formai le projet de faire ma seconde traite au Vieux-Calebar, près de Boni. On vantait la loyauté du roi de ce premier établissement, et je me déterminai à aller le visiter.
15.
TRAITE
AU VIEUX-CALEBAR
Maître Pitre.—Duc. Ephraîm.—Amours et mariage au
Vieux-Calebar.—Fraïda.—Les nègres empoisonneurs.—Calme
plat.—Dangers.—Dévouement de Fraïda.—Jalousie.—Mort cruelle de
Fraïda et de Rosalie.
Je réarmai mon négrier pour une seconde opération, au grand déplaisir de Rosalie, qui, encore une fois, fut obligée de se résigner à me voir partir. On ne sait pas ce que les avantages que l'on obtient à la mer imposent de zèle et d'activité. Mais combien aussi de grands succès donnent de force pour nous aider à justifier la bonne opinion qu'ils ont fait concevoir de nous!
Pendant mon second armement, un matelot d'espèce singulière vint se proposer à moi pour maître d'équipage. Je m'appelle Pitre, me dit-il, et ce n'est pas pour me vanter, mais je suis bien un des plus mauvais gueux que vous puissiez trouver, capitaine.
—Et par quelle raison parais-tu vouloir m'accorder la préférence?
—Ah! je vais vous conter mon affaire! Il y a quinze à seize ans que je navigue, et j'ai fait plus de navires que vous n'en avez vu peut-être dans toute votre vie. Eh bien! pas un des capitaines avec qui j'ai servi n'a été fichu pour trouver ma marche; et j'ai envie de savoir si vous parviendrez à me mâter, vous qui passez pour un solide.
—Tu m'as l'air d'un vaillant matelot, et nous pourrons essayer de faire quelque chose ensemble. Je te donne vingt gourdes par mois si tu vas bien, et deux balles dans la figure si tu ne gouvernes pas droit. Cet arrangement te convient-il?