TRAITE AU GABON.
Le roi Possador.—Son premier ministre, le Français Doyau.—Dégoût de la vie.
—Pitre, voici la première visite que je fais à bord de la Rosalie, et après-demain ou le jour suivant, au plus tard, il faut que nous appareillions. C'est au Gabon que cette fois nous irons faire notre traite.
—Au Gabon, capitaine? tant mieux. J'ai déjà mis le nez par là, moi. Le roi Possador est un brave homme, c'est-à-dire un brave nègre. Il y aura plaisir, avec lui: cargaison mise à terre, cargaison payée dans un mois; c'est la règle. Et puis là, voyez-vous, c'est que la marchandise n'est pas de la drogue, comme chez ce gueux d'Ephraïm. C'est du superfin.
—Je t'avais dit, Pitre, de faire mettre en batterie dix caronades, et je n'en vois que six….
—Dix caronades?… Est-ce que par hasard, capitaine, il y aurait quelque petit coup de flibuste sous jeu?… Non; mais c'est que je suis bon là, et que si nous trouvions auprès de Nazareth ou de San-Thomé un Espagnol ou un Portugais trop faible pour porter sa cargaison, nous pourrions bien l'aider un petit brin…
—Il ne s'agit pas de cela. Fais placer nos dix caronades en batterie.
—Ce soir elles y seront, capitaine.
Toute la cargaison a été amenée, selon les ordres que vous m'avez donnés. Le gréement n'est pas trop mal, comme vous le voyez. Le pont est paré, de l'avant à l'arrière, comme celui d'une frégate. Ce sont nos novices qui ont serré ces voiles, et j'espère qu'elles vous ont une mine assez propre, avec ces étuis peints en blanc et relevés en bosses d'or sur ces vergues noires et cirées comme une paire de bottes. Et ces mâts de borne qui vous poignardent le ciel, qu'en dites-vous?
—Oui, tout cela n'est pas mal… Qu'il me tarde de quitter la Martinique! Il me semble qu'une fois au large, je respirerai plus facilement.