Il n'avait donc que trop bien deviné son sort et mon crime, mon malheureux frère, lorsqu'en nous quittant à la Martinique, il m'avait dit, avec l'accent du plus sinistre pressentiment: Nous nous reverrons, Léonard!…. Je l'avais revu aussi; mais pour être son meurtrier; mais pour le voir expirer de mes coups, en m'accusant de lui avoir arraché une vie pour laquelle j'aurais donné mille fois tout mon exécrable sang…

Je n'ai plus aujourd'hui la force de dire ce qui se passa à bord du bâtiment que je venais de souiller d'un fratricide. Par quelle inspiration infernale le prêtre de Saint-Pierre m'avait-il donc empêché de m'arracher, de mes propres mains, une existence que le sort avait vouée au plus horrible de tous les meurtres…. La plume s'échappe de mes doigts, teints encore du sang si pur et si cher que j'ai versé. Je n'ai plus d'énergie que pour me détester, et pour appeler une mort que je veux attendre avec rage et regarder en face en m'abreuvant de remords et de regrets…. Elle viendra bientôt, cette mort, et je la recevrai en jetant avec fureur un dernier regard de haine sur une existence que j'ai remplie d'épouvante et de forfaits!

* * * * *

Ce fut deux mois après cet événement déplorable, que je vis expirer à Saint-Pierre-Martinique le capitaine Léonard. Le journal qu'il me confia en mourant m'apprit le secret que jusque-là il m'avait caché, avec une réserve qui me révélait l'état de son âme souffrante, sans toutefois me laisser deviner le motif du chagrin dont il paraissait dévoré. Jusqu'à son dernier soupir, il sembla prendre plaisir à narguer la douleur et à jeter sur la vie des expressions de haine et de mépris. La dépouille mortelle de cet infortuné fut déposée aux Pères-Blancs, entre la tombe de son ami et celle de sa maîtresse….

FIN DU NÉGRIER.

TABLE

DU QUATRIÈME VOLUME.

CHAPITRE 13. DÉVOUEMENT DE ROSALIE. CHAPITRE 14. TRAITE À BONI. CHAPITRE 15. TRAITE AU VIEUX-CALEBAR. CHAPITRE 16. TRAITE AU GABON. CHAPITRE 17. SECONDE TRAITE CHEZ EPHRAÏM.

FIN DE LA TABLE.