— Oui, c’est cela ; sonde ses sentimens intimes comme tu dis, et nous verrons après à voguer à pleines voiles ensemble et bord à bord, sur un océan de félicité…
J’eus bientôt une explication avec notre jeune ménagère.
Comment, lui demandai-je, dans un tête-à-tête que je m’étais ménagé à grand’peine avec elle, as-tu pu te résoudre à avoir deux amans en même temps, toi pour qui l’amour devait être une chose si étrange ?
— Comment ? mais ce sont ces messieurs qui ont décidé que j’en aurais deux.
— Et tu y as consenti sans difficulté et sans aucune répugnance ?
— Ah dam ! ils avaient fait un réglement pour cela, ils sont d’ailleurs si bons pour moi, que je n’avais rien à leur refuser.
— Et tu n’as attaché aucune importance au sacrifice qu’ils exigeaient de ton cœur, de tes goûts peut-être ?
— Non ! pas la moindre importance. Cela coûte si peu à une pauvre fille comme moi, et ça paraissait leur faire tant de plaisir !
— Quelle naïveté ! Mais si tu avais été libre de ton choix, aurais-tu pris deux amans ?
— Je n’en aurais pris aucun. C’est pour leur obéir en tout, ce que j’en ai fait, et je me suis conformée au réglement.