— Mais cette préférence, quelque flatteuse qu’elle soit, est encore trop peu de chose pour nous ; ce n’est pas là ce qu’on peut appeler de l’amour.

— De l’amour ! Voilà ce qu’ils me demandent toujours quand je me trouve seule avec l’un ou l’autre d’entre eux. Ils disent qu’ils en ont beaucoup pour moi de l’amour, et que je n’en ai pas pour eux. Oh ! que je voudrais en avoir assez de ce maudit amour pour les contenter tous à la fois ! Mais je ne sais comment faire pour y parvenir : ce n’est pas au reste de ma faute, car si je pouvais !…

— Quoi, Mathias te dit quelquefois, lui aussi ?…

— Qu’il donnerait sa vie pour être aimé de moi autant qu’il m’aime ; mais il ne me dit cela que quand nous sommes bien seuls. Alors il a un tout autre air que lorsqu’il y a du monde.

— Le sournois ! J’étais à cent lieues de m’en douter. Mais je lui en parlerai à la première occasion.

— Gardez-vous-en bien ; il me prie et me supplie de n’en rien dire à personne.

— Le dissimulé ! ne pas confier une faiblesse aussi excusable à ma discrétion ! et jouer presque l’indifférence pour elle avec moi, le plus discret et le plus indulgent de tous les amis !

— Est-ce qu’il y aurait par hasard du mal dans ce qu’il me dit, quand nous sommes seuls ?

— Non, non ; cela ne te regarde pas. C’est quelque chose qui me passait par la tête. Occupons-nous d’autre chose. — Et le président Lapérelle ?

— Oh ! lui, c’est encore dix fois pire ! Il pleure quand il dit que je ne sais pas aimer.