Un bon bourgeois dans sa maison

Le dos au feu, le ventre à table,

Caressant un jeune tendron…

A ce dernier vers de la romance sentimentale de Juliette, j’embrassai ma virtuose avec un emportement de plaisir, tel, qu’elle ne put se défendre que très-imparfaitement contre la brusquerie de ma galante tentative. Le murmure du baiser alla se confondre avec le bruit expirant du refrain de la chanson commencée.

— Fort bien, ne vous gênez pas, s’écria une voix que nous reconnûmes pour être celle de notre président Lapérelle. Il paraît, ajouta notre grave ami en entrant dans l’appartement, que, lorsque vous êtes seuls, vous passez votre temps de manière à faire marcher vos affaires plus vite que celles de la maison ! mais j’y mettrai bon ordre.

Notre président était bien évidemment fâché contre nous. Je jugeai à propos de lui laisser exhaler toute sa mauvaise humeur, sans m’exposer à l’irriter encore par quelques observations dont la pauvre Juliette aurait plus tard à supporter les conséquences. Et puis Lapérelle venait de me surprendre dans une circonstance si embarrassante pour moi, que j’aurais été ma foi fort en peine de trouver assez de sang-froid pour lui répondre quelque chose de convenable.

Il continua en s’adressant à notre ménagère sur le ton piqué qu’il avait pris d’abord.

— Et vous, mademoiselle, qui, depuis quelque temps, négligez tous les devoirs que, par reconnaissance pour nous, vous devriez vous attacher à remplir avec zèle et ponctualité, ne croyez pas que je tolère, comme j’ai eu la faiblesse de le faire jusqu’ici, votre négligence et votre paresse.

— Ma paresse, monsieur ! Mais en quoi donc ai-je manqué à mes devoirs ?

— En quoi, dites-vous ? et vous avez encore le front de me demander cela à moi ?