— N’ai-je pas fait ce matin le ménage comme à l’ordinaire ?
— Parbleu, il ne vous manquerait plus que de passer toute la journée à chanter et à vous amuser comme vous le faisiez tout à l’heure quand je suis entré !
— Tous mes lits sont faits depuis plus d’une heure.
— Vos lits sont faits, vos lits sont faits ! Pardieu la belle avance ! Mais est-ce là une raison, quand vous employez la moitié du temps à vous parer et à vous toiletter comme s’il s’agissait pour vous d’aller au bal ?
— A me parer !
— Oui sans doute, à vous parer, et je suis bien aise de saisir cette occasion pour vous dire combien les airs que vous vous donnez depuis que notre indulgence a encouragé votre coquetterie, me déplaisent et déplaisent aussi à tous nos camarades. Quand, recueillie parmi nous, par pure commisération, il fut convenu que nous vous chargerions du soin de faire notre ménage, nous décidâmes unanimement que jamais nous ne vous laisserions prendre un ton qui ne conviendrait ni à votre modeste situation ni à la modicité de nos moyens. Mais malgré cette sage résolution, on vous voit chaque jour maintenant donner tous vos soins à votre toilette. Pourriez-vous me dire, par exemple, qui vous a permis d’acheter ce bonnet monté sur lequel vous n’avez pas craint, sans nous consulter, de faire mettre ce ridicule paquet de rubans bleus et roses ?
— Ce bonnet… ce bonnet… C’est celui que vous m’avez permis d’acheter, il y a trois jours, le jour, vous savez bien, où vous me disiez que vous étiez si content de moi ?
— Moi content de vous, il y a trois jours ! je vous répondrai qu’il doit y avoir plus long-temps que cela, car je puis me flatter de posséder une mémoire aussi bonne que la vôtre, et depuis long-temps, ce me semble, je n’ai eu l’heureuse occasion de vous témoigner ma satisfaction. Mais le mensonge vous coûte si peu !
— Je ne mens cependant pas. Je m’en souviens bien. C’était un jour où nous étions seuls.
— A merveille, un jour où nous étions seuls ! Et vous avez bien soin de ne me rappeler qu’une circonstance où les témoins qui pourraient vous confondre, s’il y en avait eu, manquaient… Et ces souliers de prunelle achetés sans doute en même temps que le bonnet monté, est-ce aussi de mon consentement que vous les avez pris chez la marchande du coin ?