— Je souhaite en effet que cela vous amuse ; mais j’en doute, répondit le président, et en prononçant ces dernières paroles, Lapérelle se dirigea à pas comptés vers le petit cabinet dont il nous avait montré la clef ; au bout de quelques secondes, il en sortit tenant à la main une grande boîte de carton et plusieurs colifichets, qu’il déposa, avec une austérité toute magistrale, sur la table du logis, au milieu des pipes et des verres qui couvraient déjà ce meuble principal de notre salon.
— Que diable prétends-tu faire avec toutes ces guenilles ? lui demanda l’un des assistans, en riant aux éclats.
— Ce que je prétends faire ? répondit-il, vous allez bientôt le savoir. Mais avant tout, messieurs, ce que je sollicite de votre amitié et de votre indulgence, c’est un peu de silence et d’attention.
Chacun comprit ou crut comprendre qu’il s’agissait de quelque chose de sérieux, et sans trop nous douter encore de ce qui allait se passer, nous nous disposâmes à laisser parler notre respectable doyen.
L’attitude calme et imposante qu’il avait prise depuis l’arrivée de nos collègues, était du reste assez propre à obtenir de nous l’attention qu’il réclamait pour la communication qu’il avait à nous faire. Les sanglots que Juliette, tapie dans un petit coin de l’appartement, laissait échapper par intervalles, nous indiquaient d’ailleurs que c’était d’elle qu’il allait être question ; et sa douleur seule aurait suffi, sans la recommandation de notre président même, pour exciter l’intérêt général ou tout au moins la plus vive curiosité.
Après avoir secoué une seconde fois les chiffons avec lesquels il était sorti du cabinet, Lapérelle s’exprima en ces termes d’une voix assez ferme, mais cependant encore légèrement émue :
— Vous savez tous, messieurs, les sacrifices que nous avons faits pour mettre mademoiselle Juliette dans la position où elle se trouve maintenant, et je ne vous rappellerai les déterminations que nous avons prises à son égard, que pour lui demander en votre présence comment elle a répondu jusqu’ici à nos bienfaits et à notre prévoyance ?
A ces mots l’accusée leva sur son interpellateur ses beaux yeux noyés de larmes, et du ton le plus suppliant elle s’écria : — Grâce, grâce, mon bon monsieur Lapérelle, je vous jure que je ne le ferai plus !
— Doucement, mademoiselle ; on ne vous prie pas encore de parler. Votre tour viendra quand je jugerai à propos de vous questionner. Mais, avant tout, permettez-moi d’expliquer à ces messieurs les raisons qui m’ont déterminé à rompre le silence sur votre conduite.
— Ma conduite, monsieur ! Quant à cela vous savez bien si j’ai manqué au réglement.