— Un peu ; mais nos pompes ont toujours franchi en les faisant jouer toutes les deux heures.

— Vous allez mouiller entre les vaisseaux l’Alcide et le Tonnant, et vous conserverez, capitaine, le commandement de l’Indomptable jusqu’à nouvel ordre.

— Merci, mon général ; vos ordres vont être exécutés.

Dès que nous eûmes pris notre poste d’embossage, une vingtaine d’embarcations se rendirent à notre bord. Nos blessés furent débarqués avec soin pour aller encombrer les hôpitaux. Le préfet maritime de Rochefort s’empressa de nous envoyer les secours que réclamait notre position, et le supplément d’équipage qui nous était devenu indispensable. On se mit en train le jour suivant de réparer aussi bien que possible notre pauvre Indomptable ; car, par une disposition dont nous fûmes plus tard à même d’apprécier la prudence, au lieu de nous faire entrer dans le port, pour nous radouber, on jugea à propos de nous laisser sur la rade de l’île d’Aix, afin de renforcer la division française, que bloquait depuis long-temps l’escadre anglaise à laquelle nous avions eu le bonheur d’échapper dans notre attérage.

Le repos qui nous était nécessaire et que commençait à goûter notre équipage, ne devait pas, hélas ! être de longue durée, et une nouvelle carrière de périls, mais de trop peu de gloire, allait encore s’ouvrir pour nous.

Depuis quelque temps, on avait cru remarquer dans l’escadre anglaise qui nous observait sans cesse, un mouvement inaccoutumé. Les frégates ennemies, qui, jusque-là, s’étaient contentées de ne nous approcher qu’à distance respectueuse, se hasardaient à nous explorer à petite portée de canon. On avait vu leurs embarcations même rôder la nuit autour de l’île d’Aix pour sonder les abords de la rade où nous étions mouillés sans défiance. Tous les navires du blocus enfin communiquaient entre eux plus souvent qu’ils ne l’avaient encore fait, et quelque inquiétans qu’eussent dû nous paraître ces indices des desseins de l’ennemi, nous aurions probablement ignoré le coup qui nous menaçait, sans l’arrivée très-significative d’un convoi, qui vint un beau jour se joindre aux bâtimens déjà fort nombreux de l’escadre anglaise.

Il ne nous fut plus dès lors possible de douter des dangers que jusque-là nous avions trop peu prévus. C’étaient des brûlots destinés à être dirigés sur nous, qui venaient de rallier la flotte du blocus.

L’amiral commandant notre division, après avoir commis la faute d’ignorer trop long-temps des projets hostiles qui devaient frapper tous les yeux, eut le tort plus grand encore de ne pas prendre contre l’imminence du péril, devenu évident, des précautions en rapport avec la gravité de l’attaque que tout le monde enfin prévoyait.

On ordonna bien cependant à tous les commandans d’envoyer les embarcations dont ils pouvaient disposer, travailler à la confection d’une estacade destinée à nous garantir extérieurement de l’approche des brûlots, et à renfermer, en quelque sorte, notre division dans les limites d’une chaîne flottante.

Les mâts de rechange de chaque navire, de mauvaises chaloupes, des radeaux faits à la hâte composèrent cette estacade mouillée au large sur de fortes amarres, dont la ligne s’étendait depuis l’angle nord-ouest de l’île d’Aix, jusqu’au point où étaient ancrés les derniers bâtimens de notre petite escadre.