A ce nom déjà si connu, un mouvement extraordinaire se fait remarquer dans tous les rangs de l’assemblée agitée. Les femmes se lèvent palpitantes : toutes les têtes de la foule attentive, se tournent du côté où le témoin appelé doit paraître. Les membres du conseil eux-mêmes, partageant le sentiment de curiosité et d’impatience qui s’est répandu dans la salle entière avec une sorte de rapidité électrique, s’agitent sur leurs siéges. Un jeune homme s’avance ; des trèfles en or tombent, de ses gracieuses et nobles épaules, sur un simple frac d’aspirant de marine. Sa main gauche s’appuie sur la garde du poignard qui brille à son côté. Sa physionomie, ouverte et tranquille, respire à la fois la modestie et la vivacité. Il fait d’abord quelque pas dans l’enceinte du tribunal, sans trop savoir où il doit se placer. Le président lui indique l’endroit où il lui convient de rester pour répondre aux questions qui vont lui être adressées. Mathias s’arrête alors. Il attend. Le silence le plus religieux a succédé déjà au murmure flatteur qui a précédé et accompagné son arrivée. Le président, au milieu de ce recueillement profond, s’adresse dans les termes suivans au témoin qui, debout devant lui, recueille, une à une, toutes ses paroles.

— Comment vous nommez-vous ?

— Achille Mathias…

Ce prénom d’Achille produit encore dans l’auditoire une légère émotion à laquelle le témoin seul reste étranger. Le calme se rétablit : les questions continuent :

— Quel est votre âge ?

— Dix-neuf ans et demi, général.

Et, en prononçant ces derniers mots, le regard assuré du marin adolescent s’anime d’une noble fierté, et se promène avec lenteur et dignité sur les vieux officiers qui assistent à l’audience.

— Où êtes-vous né ?

— A St-Brieuc, département des Côtes-du-Nord.

— Quelle est votre profession ?