— A la fin, voilà le premier compliment que tu m’aies encore fait depuis une heure que nous sommes ensemble. Oh ! si tu pouvais t’imaginer combien il me tardait de te voir, pour jouir de la surprise que te causerait mon changement de fortune ! Je croyais qu’en me retrouvant grandie, formée, et, je puis le dire, embellie, tu ne reviendrais pas de ton extase. Mais, pas du tout : monsieur, après m’avoir embrassée, a paru me revoir comme si je n’avais pas changé d’état ! Oh ! que les hommes, mon Dieu, sont étranges et indéfinissables ! Je ne m’attendais guère, je te l’assure, à être payée par autant d’indifférence, du sacrifice que je fais en te recevant chez moi, et du danger que je cours peut-être en te retenant aussi long-temps ici.
— Et quel danger si grand ma présence peut-elle donc te faire courir ?
— Tu me le demandes, quand tu sais toi-même les minutieuses précautions qu’il m’a fallu prendre pour te faire entrer dans la maison sans qu’on pût te voir… Que deviendrait ma réputation si l’on venait à apprendre, et si le général savait surtout que… Rien que d’y penser, j’en tremble comme si j’avais fait un mauvais coup…
Au moment même où la tendre Olinda achevait sa phrase à effet, on entendit la porte de la rue se refermer assez brusquement… La pauvre fille resta muette en prêtant une oreille attentive au frottement d’un pied assez lourd qui paraissait s’appuyer sur les escaliers du premier étage…
— Qu’est-ce que ce bruit ? lui demandai-je.
— Chut ! tais-toi ! me dit-elle à voix étouffée… Je crois… oui, c’est ce vieux jaloux qui monte ; je reconnais ses pas… silence… Que peut-il vouloir à cette heure ?
— Que dois-je faire ?…
— Attends ! oui… il vaut mieux… Tiens, mon ami, mon lit est large, et tu es mince ; tu vas te placer…
— Où ? dessous ?
— Non pas : c’est trop commun… Tu vas te glisser entre le traversin et le chevet ; et, si tu m’aimes et que tu tiennes à ne pas compromettre mon avenir, tu ne respireras pas.