— Son apparition inattendue en ce moment m’a, je vous l’assure, un peu contrarié.

— Et pourquoi donc, monsieur ? Auriez-vous quelque raison de penser…

— Oh ! pas pour vous ! Je vous suppose trop de réserve et de sagesse pour m’alarmer des tentatives que fera sans doute cet aspirant, pour chercher à vous parler, à vous voir, peut-être. Mais la seule idée d’avoir à éloigner les importunités d’un jeune fou, m’effraie. Il est si doux à mon âge de savourer encore avec mystère le tranquille bonheur d’aimer une jolie femme, et d’en être aimé, un peu peut-être, n’est-ce pas Olinda ?

— Et comment n’aimerais-je pas le plus délicat, le meilleur, le plus généreux des hommes ?

— Tu m’aimes donc un peu, toi si belle et si bonne ?

— Devrais-je avoir à vous le répéter encore ? Ce n’est pas bien, en vérité, d’être si exigeant.

— Hélas ! on exige toujours beaucoup, trop peut-être, quand on devrait se trouver heureux de posséder ce qu’on veut bien encore vous accorder. Serait-ce trop exiger que de demander encore un baiser ?

— Oh ! non pas un, mais cent, mais mille… Et toujours de bon cœur !

— Elle est en vérité céleste… ! Je te dirai que pour être plus sûr de contrarier d’avance les intentions que je suppose à monsieur l’aspirant d’hier au soir, j’ai pris un parti assez sévère. J’ai donné ordre de le chercher pour le loger provisoirement à l’Amiral. Ce sera toujours autant de pris sur l’ennemi ; qu’en dis tu ?

— Mais qu’il a bien mérité ce que vous voulez bien faire pour lui.