Quand vous voilez si bien, sous l’enjouement des grâces,
Ces torts de l’âge mûr…
C’est justement là, ce qu’il y a de mieux dans mon improvisation !
— Comment, tu penses sérieusement que ces vers puissent produire un bon effet ?
— J’en mettrais ma main au feu, et je jure par les muses qui m’ont inspiré, que le cachemire que tu attends depuis si long-temps, viendra tomber élégamment sur tes belles et blanches épaules, à la voix d’Apollon. Il n’y a que les poètes pour faire de ces miracles-là.
— Le cachemire ! C’est bien tentant, mais tiens, je n’en ai pas l’idée.
— Que tu en aies l’idée ou non, prends vite une plume et copie-moi cela le plus gentiment qu’il te sera possible. Je vais dicter.
— Crois-tu qu’il faille encore faire des fautes d’orthographe, par prudence, pour les vers comme pour la prose ?
— Non, fais-en le moins que tu pourras, afin de ne pas déranger la mesure. Je te prédis que tout passera admirablement aujourd’hui.
La pauvre Olinda, malgré la répugnance visible qu’elle avait à transcrire ma poétique production, ne sut que m’obéir, et sa main tremblante copia, tant bien que mal, les vers malencontreux que je prenais plaisir à lui répéter avec mon ridicule amour-propre d’auteur. Le sublime message fut, hélas ! envoyé à son adresse, non pas sur les ailes de Mercure ou d’Iris, mais par les mains de la duègne de ma prosaïque maîtresse, et moi, plein d’une aveugle confiance dans la destinée de mes vers, j’attendis impatiemment le lendemain pour jouir du succès de ma trop imprudente tentative.