Vous avez occupé sa dernière pensée, et ma seule consolation, au moment de paraître devant Dieu, est de pouvoir vous rendre riches, en m'acquittant de ce que vous avez fait pour moi et mon frère...»
—Grands dieux, qu'entends-je? que dites-vous, mon père? cette lettre!...
—Cette lettre est donc de ta soeur Jeannette, de ta pauvre soeur?... C'est donc son cercueil que tu as ramené avec toi? La voilà, là près de nous, et tu ne nous le disais pas, malheureux enfant!
—Mais non, non, il n'est pas possible! Cette lettre que je viens d'entendre n'est pas, ne peut pas être... de... Ma tête s'égare... Mon père, lisez, lisez encore, voyez la signature...
Le curé lit: Mon fils, cette lettre, qu'une main mourante a sans doute signée, porte en caractères tremblants, le nom de...
—Le nom de... Achevez, achevez, je n'ai plus de sang dans les veines, achevez...
—Le nom de votre soeur... JEANNETTE!...
—Quoi, il serait possible!... Ah! je comprends enfin maintenant ce funeste secret, cet affreux mystère de l'enfer... Malédiction sur moi! anathème sur ma vie, sur mon front, sur le sang qui brûle dans mon coeur, qui coule, avec le remords éternel, dans toutes mes artères... Ma soeur, elle ma soeur?.. Montrez-moi ce nom, ce nom qui doit être écrit en caractères de sang et de feu!... Jeannette, oui, Jeannette! Je me meurs, je brûle, je me sens glacer...Au secours! au secours!...
—Sa tête se perd, sa raison s'égare! Ah! monsieur le curé, j'entends qu'il se déchire la poitrine! Cavet, mon fils, calme ce désespoir! Oh! que je suis malheureux de n'avoir plus mes yeux! Soisic, ma femme, mes enfants; empêchez-le de crier ainsi, d'attenter à ses jours!...
—Non, non, ne craignez plus rien, mon père, mes amis! laissez-moi respirer en liberté... Je me sens plus calme... Voilà le cercueil de ma soeur, de Jeannette! Oui, c'est bien elle qui dort là, qui repose du sommeil d'un ange! Et moi, malheureux, misérable, criminel, oh! oui, bien criminel, je souffre sans espoir, je gémis sans consolation... Une éternité de douleurs et de remords!... Par pitié, laissez-moi... Je suis tranquille... Ah! si j'avais une arme sous ma main, qu'avec joie, qu'avec plaisir, je déchirerais ces entrailles qui me brûlent, ce coeur qui me tourmente! Ah! grands Dieux, pas une larme dans mes yeux, pas une seule larme!... J'étouffe, je succombe!