—Je désirais demander au capitaine s'il veut de moi à bord de son corsaire. Comment d'abord se nomme le navire?

—Oh! pour ce qui est de ça, tu n'as pas besoin de le demander au capitaine. Le corsaire, mon garçon, s'appelle le lougre l'Empereur, et avec un nom de ce calibre on peut aller partout, et même en prison d'Angleterre. L'Empereur! hein, j'espère que c'est un nom joliment estropé et proprement garni en queue-de-rat! Mais à quoi te sens-tu bon à bord?

—Je me sens bon à gouverner, à haller sur une manoeuvre, à piloter le lougre ou une prise dans tous les ports de la côte, depuis Bréhat jusqu'à Concarneau, et puis, ma foi, à faire le coup de feu comme un autre.

—Dites donc, vous autres, là-devant: v'là un petit jeune homme qui est pratique de la côte, et il demande à courir bon bord avec nous. Faut-il rembarquer à la part?

—Faites comme vous voudrez, répondent les bandits, qui chantaient sur l'avant; et laissez-nous tranquillement nous rafraîchir et nous tapper entre nous.

—En ce cas, petit pilote, je te reçois, en attendant la réveillaison du capitaine, matelot à la part, à bord du lougre l'Empereur, de Saint-Malo-de-l'Ile. Si tu n'as pas de papiers, on t'en fera. Si tu en as, tu pourras te les mettre, je ne te dirai pas où, car ici on navigue à la douce, sans feuille de route et sans paquet. À propos, as-tu un sac?

—Oui; le voilà.

—Ah! en v'là une bonne, dites donc, vous autres, il a fait sa malle dans un bas de soie! C'est bon signe, mon ami; on voit que tu as besoin de refaire ton butin à la mer. Mais embarque toujours ta malle de poche, et dis à ces paysans qui sont avec toi, de monter à bord pour boire un coup de trop. Il faut ici que tout le monde vive. Voilà la touque au rogomme. Enfle!

Les compagnons de Cavet s'empressèrent de se rendre à une aussi aimable invitation, et ils firent, en montant à bord de l'Empereur, retentir le pont du bruit de leurs lourds sabots. Je vous laisse à penser si la gauche tournure de ces pauvres pêcheurs amusa les corsaires déjà à moitié ivres! Viens-t'en donc voir, disaient les uns à leurs camarades, viens-t'en donc voir ces espèces de gabiers-volants en escarpins de bois! On voit bien que ces voltigeurs-là ne montent pas souvent sur leurs vergues pour manger du ris[7]. Mais si nous les invitions à faire une contredanse sans façon, avec leurs souliers fins: ils ne feraient peut-être pas tant les bégueules....

Note 7:[ (retour) ] Prendre des ris.