—Non, mon ami, toutes les places de lieutenant sont occupées; mais je crois pouvoir vous promettre que vous aurez une des premières prises que l'on amarinera.
—Et combien me donnerez-vous de parts?
—Trois parts, selon votre grade.
—Mais je crois valoir mieux que le grade que vous me donnez, faute de place. Accordez-moi quatre parts, et qu'il n'en soit plus question: je suis pilote, je connais mon état, et quatre parts ne sont pas trop.
—Je voudrais bien pouvoir vous rendre justice, mais je ne puis vous offrir que ce qu'il m'est permis de vous proposer.
—Je chercherai ailleurs, en ce cas.
—Essayez; mais je crois devoir vous prévenir que mon corsaire sera le meilleur marcheur de la Manche peut-être, et qu'il est un des mieux équipés du port.
Cavet réfléchit un moment. Peu de temps lui restait pour se déterminer, et il conclut avec son armateur, mais en se promettant tout bas de rétablir, à la première occasion, l'équilibre entre le mérite qu'il se suppose, et les avantages trop mesquins qu'on lui a faits.
—Il saute à bord du Grand-Napoléon. Le capitaine le reçoit en lui faisant la mine sans trop savoir pourquoi. Le corsaire appareille: il se bat, se sauve, revient à la charge, happe çà et là quelques navires sur la côte d'Angleterre. On jette d'un côté et d'autre quelques dizaines d'hommes sur les bâtiments amarinés. Cavet demande à commander une des prises. Le gaillard avait prouvé qu'il était marin. On lui donne à conduire en France un petit trois-mâts chargé d'objets d'équipement, de vivres et d'armes. Le capitaine du Grand-Napoléon lui compose un équipage des plus mauvais sujets du bord, et voilà notre homme manoeuvrant d'abord pour attérir sa prise, après avoir quitté le corsaire.
Mais à bord de cette prise se trouvaient deux officiers marchands et trois passagers, que le corsaire n'avait pas eu le temps de prendre avec l'équipage du navire.