—Et pour quelle raison? me dit-il.

—Par la seule raison que je crois avoir eu déjà le plaisir de vous voir quelque part.

—Et où? ajouta-t-il.

Le son de sa voix, à ce dernier mot, suffit pour me tirer d'affaire: c'était le capitaine Salvage que je venais de reconnaître en examinant ses traits avec plus d'attention que je ne l'avais encore fait, et en me rappelant en ce moment le son de cette voix que je n'avais cependant entendue qu'une seule fois.

—Eh! parbleu, lui répondis-je alors, si je vous ai vu! Vous ne vous souvenez donc plus de certain soir où vous prîtes au Café de la Pointe, avec deux de vos amis, un arrangement qu'à coup sûr vous n'avez pas dû oublier?

—Et de quel arrangement voulez-vous me parler?

—D'un arrangement dont je pourrais au besoin vous retracer toutes les conditions, s'il était nécessaire et s'il pouvait n'être pas dangereux de…

—Et vous avez donc eu l'indiscrétion de nous écouter ce soir-là? ajouta le capitaine d'un air sévère et avec le ton du reproche.

—J'ai fait même mieux, lui dis-je; car j'ai eu la prudence de me taire jusqu'ici.

—Comment s'est-il donc fait que vous ayez pu… Ah! oui, maintenant, je me le rappelle: c'est vous qui dormiez sur l'ottomane de mamzelle Zirou! Et à propos, en parlant de mamzelle Zirou, comment gouverne-t-elle ses affaires et les amours?