—De moi? Comment donc, et pourquoi?
—Parce qu'ils disent, comme ça, que vous leur faites commettre chaque jour le péché de l'envie, en les induisant en tentation, et que, quand une fois ils vous auront empoisonné et envoyé au ciel, vous n'exciterez plus en eux ni convoitise coupable, ni jalousie criminelle.
—Beau moyen de ne pas tomber en péché mortel, que d'assassiner l'homme dont la vertu nous porte ombrage! Mais ce sont donc des monstres, mon frère, que ces chrétiens là?
—Oh! ce n'est pas, à ce qu'ils répètent, parce qu'ils croient à votre vertu; bien loin de là! mais c'est qu'ils disent que vous êtes plus cafard qu'eux, et que votre capucinerie leur fait du tort dans l'esprit de la pratique.
—Et notre vénérable supérieur, que pense-t-il de toutes ces abominations?
—Il pense fort peu à vous, je crois, depuis quelque temps; mais il pourrait bien penser à décamper quelque beau jour avec la pelotte qu'il a fourrée dans le trou de la trésorerie.
—Infâme et cupide vieillard! cloaque vivant d'impureté et d'avarice dont l'air que nous respirons ici est infecté!… Et ne pourrions-nous pas, et ne devons-nous pas même, frère Frapouillet, dans l'intérêt de la religion, et pour le salut de notre âme, prévenir un forfait aussi épouvantable?
—C'est là justement, Frère-l'enterré, ce que je venais vous proposer.
—Et de quelle manière pourrait-on bien s'y prendre encore, pour atteindre avec certitude et sécurité, un but si désirable pour la religion d'abord, pour moi ensuite, et pour vous peut-être aussi?
—De quelle manière, dites-vous? tenez; voici le petit plan que j'ai formé, en réfléchissant tout seul, bien entendu, et selon ma façon de voir, à l'affaire que je viens de vous confier.