—Mademoiselle, dit le galant cavalier à sa dame, avec les attraits que vous possédez en quantité plus que suffisante, il est étonnant que vous vous décidiez à habiter un trou comme le Hâvre.
—Mais le Hâvre n'est point un trou, monsieur; c'est une ville.
—Oui sans doute c'est une ville, et la géographie nous l'apprend assez; mais pour une jeune personne comme vous, une colonie vaudrait beaucoup mieux.
—Une écolonie, et pourquoi? C'est les écapitaines et les marins qui vont aux écolonies, et les fillettes restent sur le plancher des vaches.
—Oh! le plancher des vaches! s'écria le capitaine Sautard en se mordant les lèvres et en faisant une pirouette pour laisser à son subrécargue tout le fardeau de l'entretien qu'il avait commencé; elle est bonne là avec son plancher des vaches.
Le premier interlocuteur reprit, un peu embarrassé de prolonger la conversation sur un ton convenable.
—Il est certain que d'abord ce mot de colonies effraie un peu les jeunes filles... accoutumées à la vie si paisible du toit paternel....
—C'est maternel que vous voulez dire, sans doute, car il y aura deux ans, vienne la Saint-Martin, que j'ai perdu défunt mon père.
—Diable!... c'est un malheur que la perte de l'auteur de nos jours... mais ce n'est pas toutefois un mal irréparable....
—Oh! j' n'ai pas besoin non plus qu'on le répare, ce mal-là.... J'en ai-z-eu bien assez comme ça d'un père.... Pour le profit qu'il nous a fait, ce n'est pas trop la peine d'en parler et de réparer sa mortalité.