—Hélas oui, monsieur! c'est ce qu'elle nous a dit hier. Mais quoique nous soyons bien pauvres, nous aimerions mieux mourir de besoin que de voir cette chère enfant nous quitter pour ne plus revenir près de nous qui l'aimons tant.
--- Mais ma bonne maman, s'empressa de dire Joséphine, je conçois que si c'était pour ne plus vous revoir qu'il fallût vous quitter, vous ne consentiriez pas à me laisser partir. Mais la place qu'on me propose ne m'éloignera que pour peu de temps de vous, et sans que je sois obligée de quitter la France, n'est-ce pas, messieurs?
—Sans doute, puisque c'est à Narbonne que vous irez.
—Et, sans être trop curieux, s'écria le vieillard malade, pourrait-on savoir chez qui ira en condition notre chère fille?
—Mais chez une vieille dame créole fort riche, une de mes parentes, qui ne veut avoir pour femme de confiance qu'une jeune Parisienne. Cependant, malgré toutes les qualités que possède Mlle Joséphine, ou plutôt à cause de toutes ces qualités, je crains une chose pour elle, en égard aux goûts de ma vieille parente.
—Et quelle chose craignez-vous donc, monsieur? reprit la mère.
—Qu'elle ne paraisse trop jolie aux yeux de notre riche créole.
—Si ce n'est que cela, dit la jeune fille avec naïveté, je ferai tant que madame votre parente ne s'en apercevra pas.
—Eh bien! ajouta la bonne mère, ce que monsieur vient de dire là me rassure; cela me prouve que madame votre parente veillera sur ma pauvre Joséphine. Mais d'ailleurs ce n'est pas là ce qui doit le plus nous inquiéter; toujours elle sera sage, parce que toujours elle pensera à nous: n'est-ce pas, mon enfant?
Ici Joséphine sauta en sanglotant au cou de sa bonne mère, et le vieillard malade se mit à pleurer dans son lit en même temps que sa fille et sa femme.