—Après j'ai commencé, en lui parlant de l'aiguille qu'elle maniait avec tant d'élégance, à lui prendre le genou. Elle a d'abord souri, en me repoussant la main avec un air qui m'a fait peine, car elle souriait d'une façon qui m'a donné à penser qu'elle allait pleurer.
—Et puis après?
—Après, j'ai voulu aller au positif, et j'ai cherché à l'embrasser à la bonne matelote. C'est alors qu'elle s'est levée la larme à l'œil, comme j'avais déjà cru m'en apercevoir, et qu'elle m'a dit avec le ton que je vous ai raconté: Oh! monsieur! vous ne voudriez pas perdre une pauvre fille qui n'a que son honneur pour tout bien, et qui s'est confiée à vous comme à un père!
—Oui, je sais, vous l'avez déjà dit. Et ensuite?
—Ensuite?... Ma foi, je l'ai embrassée de tout mon cœur, mais pas comme je voulais le faire la première fois, au moins.... Alors, la pauvre petite voyant mon air tout bonasse, et s'apercevant que j'avais aussi la larme à l'œil, m'a serré la main et m'a sauté au cou, comme si j'avais été son père.... Moi qui n'y entends pas plus malice que cela, je lui ai crié:
Morbleu! vous êtes une brave fille, et celui qui vous insultera aura affaire à moi!
En sorte que de fil en aiguille la conversation s'est établie entre nous, mais sur le pied le plus honnête.... Si bien que contens l'un de l'autre à la suite de cet entretien, je suis monté sur le pont pour prendre l'air, car je sens que j'en avais fièrement besoin.
—Eh bien, mon pauvre capitaine, vous pouvez vous vanter d'avoir fait là une jolie besogne!
—Mais pas si mauvaise, peut-être. Je suis plus satisfait de moi dans le moment actuel que si j'avais trouvé auprès de cette petite le positif que vous m'aviez envoyé y chercher.
—Vous avez gâté entièrement votre affaire, et peut-être bien la mienne par dessus le marché.