—De vous mystifier? Ah! Dieu soit loué! Votre mauvaise humeur et vos soupçons sur ma connivence avec notre passagère me prouvent que vous n'avez pu réussir à rien. N'est-ce pas que cette luronne-là a bien des moyens?
—Laissez-moi donc tranquille avec vos moyens, c'est une vraie rouée ou une bégueule.
—Bravo! l'amoureux! Repoussé comme moi avec perte, et de deux!
Le subrécargue, livré au dépit d'avoir échoué dans une tentative dont il espérait le succès le plus complet, laissa rire, tant qu'il voulut, notre gros capitaine qui ne se tenait pas de joie. Résolu à ne plus adresser un mot à la victime qui venait de lui échapper, il se promena jusqu'au soir sur le pont, sans vouloir même se trouver à dîner en face d'elle. Mais pour mieux se venger de ses rigueurs et du singulier accueil qu'elle avait fait à sa déclaration, il reprit sa guitare comme de plus belle, et pendant toute la nuit il ne cessa de chanter et de râcler. Le capitaine Sautard, de son côté, pour dédommager la pauvre Joséphine de la persécution à laquelle sa cruauté envers Laurenfuite venait de la mettre en butte, redoubla avec elle de soins respectueux et de prévenances délicates. Il fit tant enfin que la pauvre fille finit par l'aimer, non pas comme un amant, mais comme un ami sincère et affectueux. Ce fut entre ces deux hommes si diversement disposés à son égard, qu'elle acheva la longue traversée du Hâvre à Sierra-Leone.
[CHAPITRE VIII.]
[Arrivée à Sierra-Leone.]
L'Aimable-Zéphyr arriva enfin à sa destination, à la grande satisfaction des deux spéculateurs et de leur passagère. Le navire se trouva à peine mouillé dans le fleuve, que le capitaine et son ami se rendirent à terre pour saluer le gouverneur et lui apprendre le succès avec lequel ils avaient rempli leur commission en ce qui le concernait particulièrement.
—Quelle commission? leur demanda celui-ci, qui avait presque oublié le marché passé avec les deux aventuriers.
—Parbleu, répondit le subrécargue, la commission que vous avez bien voulu nous confier relativement à une Parisienne!