—Tiens, pardieu, la belle raison! On se porte toujours bien avant de tomber malade, et l'on en voit tous les jours qui meurent en pleine santé.

—Allons, courons notre dernier bord à terre, et nous saurons à quoi nous en tenir, car voilà que je commence à avoir peur aussi pour le compte de notre débiteur.

Les pressentimens du capitaine Sautard ne l'avaient pas trompé. Il y avait précisément une semaine que le gouverneur était mort, et le jour de l'entrée de l'Aimable-Zéphyr était tout justement celui où les navires anglais allaient quitter les signes de deuil qu'ils avaient arborés pour honorer la mémoire de l'illustre défunt.

Le premier soin du capitaine et du subrécargue, en descendant sur le rivage, fut de s'informer du nom et de la qualité du mort dont on célébrait si fastueusement les funérailles....

On leur répondit: C'est notre brave gouverneur que nous venons de perdre!

—Ah! mon Dieu! s'écria le subrécargue, qui nous paiera à présent les deux lions que nous avons eu aussi le malheur de perdre dans le voyage?

—Adressez-vous à sa veuve, lui répondit-on encore.

—A sa veuve! reprit le capitaine Sautard.

--- Oui sans doute, à sa veuve, messieurs. Vous pourrez la voir, car elle a reçu, depuis trois ou quatre jours, les complimens de condoléance de toute la colonie.

Allons, se dirent nos trafiquans, adressons-nous donc à sa veuve. Et ils se dirigèrent, le certificat du décès des deux lions à la main, vers la demeure silencieuse de feu M. le gouverneur.