—Oui, capitaine; pour ce qui est de la marchandise, on peut dire que tout est parfaitement à son poste, et rien de ce que j'ai arrimé moi-même n'a eu la chose de bouger.
—Vous avez eu bien soin sans doute de vous assurer que les barriques posées sur le lest n'avaient pas coulé, n'est-ce pas?
—Rien, comme je me suis fait l'honneur de vous le réciter, n'a souffert le moindrement du monde. J'ai été jusqu'à compter les petits barils qui sont sur l'avant, et aucune des pièces composant machinalement la cargaison ne manque à l'appel, Dieu merci! Le chargement finalement n'a pas diminué... au contraire!
—Comment, au contraire! Est-ce que par hasard il aurait augmenté?
—Je ne dis pas encore cela. Mais ça c'est vu nonobstant quelquefois.
—Comment! vous avez vu des chargemens augmenter au bout de deux ou trois jours de mer?
—Avec de l'expérience, capitaine, on voit à la mer bien des choses qu'on ne voit pas à terre. Une fois, dans un voyage de mulets, sous votre respect, comme je vais avoir l'avantage de vous le dire, nous avons eu, avec le capitaine Iturbide, trois mules qui nous ont fait des petits; car, voyez-vous, des cargaisons de mulets et de nègres, c'est des chargemens qui, comme on dit, peuvent profiter à l'armateur. Une marchandise qui fait des petits est de tout temps et en tout pays ce qu'on peut appeler une bonne marchandise.
—Oui, mais ici ce n'est pas le cas. Nous n'avons sous nos écoutilles ni mules ni nègres.
—Vous avez peut-être sous vos écoutilles, capitaine, plus que vous ne pensez vous-même dans le moment actuel. Souvent ça c'est vu d'être plus riche qu'on ne croit, à la mer s'entend; car à terre ça peut être autrement. Ce n'est pas d'ailleurs mon affaire.
—Que voulez-vous dire, décidément, maître Boissauveur? Avez-vous trouvé quelque chose dans la cale, quelque chose de plus que ce que nous avons cru embarquer.