—Pour cette dame malade. Imaginez-vous qu'elle m'a d'abord demandé comment se nommait le capitaine du navire et quelle espèce d'homme c'était.
—Et vous lui avez répondu....
—La première chose venue. Dans la crainte de l'effrayer dans l'état où elle se trouve, je me suis bien gardé, comme vous le pensez bien, de prononcer le nom du commandant, et je lui ai dit, ma foi! qu'il se nommait.... Antonio.
—Antonio, c'est, ma foi! un nom tout comme un autre.
—Et quand elle a voulu savoir quel homme c'était, je lui ai dit que c'était un capitaine très-distingué et en grande réputation.
—Fort bien, et après?...
—Après elle m'a prié en grâce de l'inviter à se rendre auprès d'elle, parce qu'elle désirait lui confier avant de mourir ses dernières volontés.
—Ah bien oui! je serai bien curieux de voir pour la rareté du fait le Capitaine-Noir faisant auprès d'une femme le service d'un confesseur.... Il ne manquerait plus que cela pour me faire crever de rire, moi qui depuis si long-temps n'ai fait une once de bon sang.... Et que diable veut-elle, cette brave dame, avec sa confession et ses dernières volontés? Est-ce que son grand bat-la-lame de mari n'est pas là au poste pour un coup?
—Par une singularité que je n'attribue qu'au désordre des idées causé par la maladie chez cette pauvre femme, elle paraît depuis quelques heures ne supporter qu'avec répugnance la présence de son mari au chevet de son lit.
—Voilà bien les femmes, docteur! en maladie comme en santé, toujours le caprice en avant jusqu'au moment de faire l'éternuement final et définitif. En v'là une qui au lit de la mort ne veut plus de son seigneur et maître. Ah! notre commandant a peut-être bien raison de ne pas taper plus qu'il ne le fait sur le féminin.... Mais encore, docteur, comment allez-vous débrouiller vos lignes pour tirer au capitaine la carotte sentimentale dont la moribonde vous a chargé?