Il lui reste deux cadavres.... Il les cherche.... Il les trouve.... Le corps d'une femme est resté dans l'entrepont.... Le corps d'un homme doit être étendu dans la chambre du capitaine.... Ces restes épouvantables sont amenés sur le pont à la lueur des torches funèbres que les officiers ont allumées....
—Voilà la misérable qui l'a trompé, s'écrient les matelots.
—Voilà le lâche qui a flétri son honneur, répondent d'autres matelots à leurs camarades....
—Envoyons-les ensemble par-dessus le bord; non, plutôt par-dessus la poulaine, disent-ils tous....
—Non! envoyons-les à l'eau tout nus, sans un lambeau de toile, et avec un baril vide amarré aux pieds, ajoutent-ils, pour qu'ils flottent long-temps, et pour que les oiseaux de mer dévorent leurs exécrables cadavres.... C'est l'enterrement des lâches, et c'est encore trop bon pour eux.
Et cette sentence cruelle de la vengeance est exécutée à l'instant même.... En voyant disparaître les corps des deux victimes, ignominieusement lancés à la mer, les matelots, irrités de ne pouvoir exhaler leur rage que contre des restes inanimés, unissent du moins leurs blasphèmes et leurs malédictions, en appelant la colère du ciel sur les deux êtres à qui ils attribuent la mort de leur capitaine....
C'est avec peine que le docteur est parvenu à les empêcher de lacérer les deux cadavres, sur lesquels, à défaut d'autre chose, ils voulaient assouvir leur fureur.
—Est-ce ainsi, répètent-ils en pleurant leur commandant, que devait finir le Capitaine-Noir....
—Un si vaillant homme mourir pour une coquine de femme....
Puis ils s'écrient en s'adressant à maître Arnold: