—Vous qui êtes devenu maintenant notre capitaine, conduisez-nous à terre le plus tôt possible....

—Nous ne voulons plus naviguer désormais....

—Plus de Capitaine-Noir, plus de Fantôme....

—Lui seul était digne de commander notre corsaire....

—Menez-nous à la première terre venue....

—Notre course, sans lui, est à jamais finie....

Le dégoût qui s'était emparé de tout l'équipage après la mort du Capitaine-Noir ne permettait plus aux officiers du corsaire de tenir plus long-temps la mer avec des hommes pour qui la discipline, qu'ils avaient observée jusqu'alors comme une sorte de culte, n'était devenue qu'un vain mot. A peine les matelots retrouvaient-ils assez de courage et de bonne volonté pour manœuvrer le navire et pour obéir aux ordres de leur nouveau commandant.

Les officiers tinrent entre eux un long conseil à la suite duquel il fut résolu qu'on poursuivrait la route qu'on avait déjà prise pour attérir à Buenos-Ayres.

Au bout de trois jours on découvrit enfin la terre.... C'étaient les côtes de l'embouchure de la Plata.... C'était là que si souvent le Fantôme, couvert de gloire et chargé des riches dépouilles de l'ennemi, était revenu après ses rapides courses et ses nombreux combats.... A peine les matelots eurent-ils reconnu cet attérage, qu'ils supplièrent leurs chefs de seconder le projet qu'ils avaient conçu....

—Quelle est donc votre dernière intention? leur demanda le second....