De mille et quelques paradis
Que promet la table ou l'histoire,

pour ne pas avoir l'air d'attacher une trop grande importance scientifique à la remarque ingénieuse qu'il venait de faire.

Une petite passagère fort maigre, la seule que nous eussions le bonheur de posséder à bord, monta en ce moment sur le pont et demanda au capitaine, avec cette candeur de curiosité que savent avoir toutes les passagères:

—Capitaine, comment nomme-t-on cette autre petite île que l'on voit là à côté de la grosse?

—Mademoiselle, cette petite île se nomme Porto-Santo?

—Porto-Santo! s'écria la jeune personne; oh! le drôle de nom, Santo!

—Oui, Santo! grommela entre ses dents mon maître d'équipage, et de manière à n'être entendu que de moi; si on te sentait les os, à toi, on serait en vérité bigrement embarrassé de te sentir autre chose, madame Santo!

Cette saillie me prouva que le maître du bord était calembouriste, et je devinai dès lors qu'il ne me serait pas très-difficile de tirer parti de la gaîté naturelle de son esprit, pour les conversations que je me promettais d'entretenir avec cet original, pendant la traversée.

Il n'est peut-être pas inutile de faire remarquer aux amateurs d'études philosophiques, que le sobriquet de madame Santo ou Sent-os resta pendant tout le voyage à la pauvre fluette passagère qui avait si indiscrètement demandé à notre capitaine le nom de la petite île voisine de Madère.

Le soir de notre première journée d'entrée en matière, les hommes de quart, étalés nonchalamment sur le gaillard d'avant, jouissaient, dans les postures les plus voluptueuses qu'ils pussent se donner en se couchant sur le guindeau ou les écoutilles, d'un calme enchanteur.