Les voiles, mollement arrondies par la brise de l'arrière, semblaient, en pesant à peine sur leurs vergues, nous renvoyer, comme pour nous rafraîchir à dessein, le vent léger et pur qui les avait enflées.

Le silence contemplatif qu'observaient depuis quelque temps les matelots, pour jouir plus intimement du repos charmant qu'ils savouraient, ne fut interrompu que par la grosse voix d'un ennuyé qui, après avoir bien contracté sa bouche pour mieux bâiller, se prit à crier:

—Sac..dié! que je donnerais bien mon quart de vin pour que queuqu'un nous contât un conte.

—Ah! tu aimes donc les contes, marquis! Excusez de la friandise: si tu avais dit ça avant dîner, on t'en aurait servi un pour ton dessert.

C'était, comme on s'en doute déjà, le maître d'équipage qui venait de faire cette réponse à l'amateur de contes.

—Ah ça, maître Révolté, reprit l'amateur, vous ne vous douteriez pas du pari que j'ai fait, il y a bien, ma foi! une semaine, avec l'équipage?

—Tu as fait un Paris, mon ami, il y a une semaine? Eh bien! je t'en fais mon compliment, car pour faire un Paris aussi vite, il faut que tu n'aies pas perdu ton temps à enfiler des perles au clair de la lune.

—Quand je dis, maître Révolté, que j'ai fait un pari, c'est que je ne sais pas ce que je dis.

—Je m'en étais douté, rien qu'à tes premiers mots, et toute ta vie je te pronostique qu'il en sera de même.

—Je voulais dire que vous ne vous douteriez pas de ce que j'ai gagé en pari, avec l'équipage.