Monté sur sa dunette, et le porte-voix à la main, il se dispose à interroger celui qu'il suppose être le capitaine du navire qui court si près de lui.
Les passagers les plus alertes et les matelots les moins abattus entourent leur chef dans le plus grand silence, et ils s'apprêtent à recueillir les mots qui vont être échangés dans cet entretien si intéressant pour eux.
—Ship, oh! s'écrie enfin le capitaine anglais après avoir hésité quelque temps à prendre le premier la parole.
Tous les yeux se portent alors sur le commandant du brick, qui, toujours assis sur son dôme, paraît à peine avoir entendu ou avoir remarqué les mots qui viennent de lui être adressés.
Étonné de ce silence, le capitaine du Mascarenhas croit devoir répéter son appellation, et il crie de nouveau, et avec plus de force encore que la première fois:
—Ship, oh!
Pour toute réponse, celui à qui il vient de parler se contente de prendre négligemment un petit porte-voix en argent, sans changer de place, et de lui faire entendre ces seuls mots:
—Parlez français. Je n'aime pas l'anglais!
Le ton dédaigneux d'une réponse aussi sèche et aussi laconique semble d'abord déconcerter un peu le capitaine anglais. Avant de se résoudre à adresser la parole en français au commandant du brick noir, il croit prudent de faire hisser à la corne de son bâtiment le pavillon de sa nation. Peut-être, pense-t-il en lui-même, qu'en me voyant arborer les couleurs anglaises, le brick jugera à propos de me faire connaître aussi le pays auquel il appartient.... Mais c'est en vain que le pavillon de l'Angleterre monte et se déploie, en se jouant, en haut du pic du Mascarenhas, le brick mystérieux n'arbore aucune couleur, ne laisse échapper aucun signe qui puisse faire supposer au trois-mâts que son signal ait été aperçu ou que l'on soit dans l'intention d'y répondre.
—A quel homme sommes-nous donc destinés à avoir affaire! dit tristement le capitaine anglais aux personnes qui l'environnent et qui paraissent vouloir lire sur sa physionomie chagrine les maux auxquels il faut peut-être se préparer encore.