—Mais peu importe! ajoute le capitaine; la résignation doit peu nous coûter maintenant, et l'avenir ne saurait nous réserver des malheurs plus terribles que ceux qui ont déjà éprouvé notre courage.... Cependant n'est-il pas cruel, au moment où nous commencions à espérer, de rencontrer.... C'est égal: soumettons-nous jusqu'au bout à la destinée ou plutôt à la Providence. Ce capitaine veut que je parle français.... Parlons-lui français, pour faire acte de soumission au sort que le ciel nous envoie.
Et le vieux marin reprend son porte-voix pour crier à son voisin:
—Oh! du brick, oh!
Un moment d'espérance et une lueur de satisfaction brillent sur les visages des passagers: ils ont vu le capitaine du brick relever la tête, et tourner pour cette fois ses regards vers eux. Il répondra, il va même répondre; mais que va-t-il dire? quel arrêt va rendre la gueule de ce porte-voix, tournée vers le Mascarenhas? Ce sont les oracles du destin qui vont retentir dans cet instrument sonore sur lequel tous les yeux et pour ainsi dire toutes les âmes sont fixés.... Silence! il va parler.
—Holà! a répondu enfin le capitaine inconnu, mais sans changer de place.
—D'où vient le brick? lui demande alors le capitaine anglais un peu enhardi.
—De la mer! Et vous, depuis quand avez-vous quitté Londres?
—Hélas! capitaine, depuis cent jours, avec soixante passagers et vingt-six hommes d'équipage.
Mais comment, se disent les passagers et les marins du trois-mâts, sait-il que nous venons de Londres?... Silence! dit le capitaine, il va encore nous parler.
Effectivement, le capitaine étranger a élevé de nouveau son porte-voix: