—Voyons, espèce d'hippopotame, mange en double, bois à ta soif, et prends des forces autant que tu le pourras, car il te faudra bientôt en démancher.
—Mais, mon général, si je ne craignais pas, le respect....
—Mange, te dis-je, et trève de bégueuleries. Je n'aime pas qu'on me fasse attendre.
—Puisque finalement, mon amiral, vous voulez bien me le permettre, je vais, avec votre autorisation, donner un petit soufflet à ce poulet.
Le canonnier s'assied; en peu de temps, la volaille a passé de sa main dans son vorace estomac. Les deux bouteilles de vin, avalées à plein verre, arrosent le tout, et, pendant qu'il déjeune, le général ôte son habit, se retrousse les manches de chemise en jetant sur son vigoureux adversaire un regard furtif qui semble dire: Peste! le gaillard m'a l'air assez lourdement bâti.
Le déjeuner est achevé; la table est enlevée par le maître-d'hôtel, qui quitte enfin l'appartement.
Le canonnier, bien repu, se trouve seul en face de son supérieur, qui déjà a pris une pose académique.
—Autant que je puis le voir, mon amiral, c'est comme qui dirait un assaut à la force du poignet que vous me faites l'honneur de... v'là ce que c'est.
—Allons! en garde! tu feras des phrases et des façons après. Défends-toi; chacun ici pour son compte.
—Mais, permettez-moi, mon général, de vous dire, si j'en étais capable, avant l'engagement, que je n'oserai jamais vous mettre la patte sur la physionomie.