—Ose ou n'ose pas, peu importe. Si tu ne pares pas la botte, tu la recevras, voilà tout.... Pan, attrape! V'lan! hale encore celle-là dedans!

—Mais, mon général, c'est donc tout de bon l'assaut?

—Tiens, vois plutôt si c'est pour rire. V'lin, v'lan!

—Bien tapé celle-là. J'en ai vu trente-six chandelles; mais puisque vous voulez bien le permettre, je vais riposter avec tout l'honneur et le respect que.... Pan; v'lan! pardon, mon général.

—Ah! coquin, c'est ainsi que tu en dégoises! Attrape!

—Mon amiral, celle-là était en réponse à l'honneur de la chère vôtre.

Les coups pleuvent de côté et d'autre comme grêle: tantôt le général rosse son canonnier, tantôt le canonnier reprend l'avantage auquel il avait d'abord renoncé par déférence. L'ardeur de l'un redouble, la résignation respectueuse de l'autre l'abandonne, et le très-humble subordonné finit bientôt par allonger à son amiral un coup de bout si pesant, que notre général, comme une maison qui croule, tombe en le brisant sur le pied d'une commode de la chambre, et en criant:

—Assez, assez, jeanfesse! J'ai le bras cassé! Il m'a cassé le bras, le maladroit!

Aux cris réitérés de l'amiral, l'aide-de-camp arrive. Il voit le gros canonnier, les yeux tout pochés, cherchant à relever de son mieux l'adversaire vaincu qu'il vient d'étaler sur l'arène.

Le médecin en chef est demandé: il reste tout ému en apercevant l'amiral; et, après avoir pris connaissance de l'état du blessé, il déclare que le bras droit a été rompu par l'effet d'un choc violent.