grande influence sur les dispositions architectoniques des ouvrages militaires. Les lourds planchers en bois des donjons primitifs, si souvent incendiés, furent remplacés par de légères voûtes reliant solidement les murs circulaires, donnant aux différents étages un sol moins tremblant et plus durable que les énormes poutres et solives qui formaient les planchers.
D’ailleurs, les toitures aiguës sur plan circulaire des donjons et des tours résistaient mieux, par leurs formes, aux projectiles ou aux matières incendiaires, qui brisaient les angles de la toiture des donjons carrés et en brûlaient les charpentes.
Cependant, la forme des donjons a beaucoup varié au XIIᵉ siècle; à Houdan, le donjon est une grosse tour cantonnée de quatre tourelles; à Étampes, il est composé de quatre tours réunies formant en plan un trèfle à quatre feuilles; les étages voûtés présentent des dispositions curieuses, entre autres celle d’un puits très profond dont l’orifice se trouvait dans la salle du premier étage. Quelques historiens font remonter cet ouvrage au XIᵉ siècle, mais les détails de l’architecture et des sculptures indiquent qu’il est prudent de ne l’attribuer qu’aux premières années du règne de Philippe-Auguste.
Le donjon de Provins, du XIIᵉ siècle, élevé sur une motte en maçonnerie, présente des dispositions très originales; l’enceinte est circulaire, la base du donjon est carrée, et aux angles s’élèvent quatre tourelles cantonnant les pans de l’octogone partant de ce carré, et se relient à la tour, également octogone, par des arcs-boutants. Le donjon de Gisors a également la forme d’un octogone dont un des pans est tangent à l’enceinte circulaire couronnant la motte féodale; construit au XIIᵉ siècle, le château de Gisors fut considérablement agrandi par l’enceinte que Philippe-Auguste éleva sur un grand espace autour de la motte dont les murs sont renforcés de tours carrées.
Le château Gaillard, élevé à la fin du XIIᵉ siècle sur le promontoire dominant le cours de la Seine aux Andelys, présente des dispositions très spéciales, car le
Fig. 181.—Château de Chinon.—Face sud.
donjon rond est entouré d’une première enceinte circulaire, ou plutôt de la forme d’un carré dont trois angles auront été arrondis, et qui est elle-même enveloppée d’une autre enceinte elliptique, se rattachant aux défenses du château, composée de demi-tours ou plutôt de segments réunis par une très étroite courtine, ouvrage puissant où l’architecture ne s’est manifestée que par la solidité de ses robustes maçonneries. C’est le donjon dans toute sa rudesse militaire, qui ne comporte aucune espèce d’ornement.
Philippe-Auguste, après avoir fait de Gisors une forteresse aussi puissante que celle du château Gaillard dont il s’empara, fit aussi bâtir le château de Dourdan et, pour sa demeure à Paris, le palais-forteresse du Louvre. Au moment de la mort de son suzerain, Enguerrand III fit commencer à Coucy une forteresse qu’il termina, en moins de dix ans,—1223 à 1230,—qui dépassa par ses proportions grandioses et