La porte de l’enceinte fortifiée, construite de 1415 à 1420, s’ouvre dans la courtine ouest de la place flanquée par la tour du Roi. Précédées d’un fossé que l’on franchissait sur les ponts-levis baissés, formant une première fermeture lorsqu’ils étaient relevés, la porte principale et la poterne latérale donnent accès dans la ville. Au-dessus des portes était le logis du gardien de la porte; au-dessous, le passage principal et celui de la poterne communiquent de plain-pied avec un premier corps de garde ménagé dans l’étage inférieur de la tour du Roi. Le grand passage était fermé, outre le pont-levis relevé, par deux vantaux et par une herse en fer, qui existe encore, engagée dans ses rainures latérales. La grande baie est surmontée d’un tympan sur lequel étaient sculptées les armoiries réunies du roi, de l’abbaye et de la ville.
Les ouvrages destinés à défendre une rivière dans la traversée d’une ville fortifiée ou l’entrée d’un port se rattachent directement à l’architecture militaire des portes. A Troyes, les arches percées dans les murs de la ville étaient défendues par des grilles ou des herses en fer. A Paris, le passage de la Seine était fermé par des chaînes fixées dans les murailles de l’enceinte bordant les rives et s’appuyait dans la largeur du fleuve
Fig. 193.—Enceinte du Mont-Saint-Michel.—Porte du Roi.
sur des pieux ou des bateaux ancrés solidement. A Angers, les murailles de la ville aboutissaient à deux tours dites la Haute-Chaîne et la Basse-Chaîne, qui étaient destinées à recevoir les treuils manœuvrant les chaînes qu’on tendait la nuit pour barrer la Maine qui traverse la ville.
Les ports de mer étaient défendus par des tours élevées à l’entrée des passes, qui pouvaient être barrées
Fig. 194.—Entrée du port de la Rochelle.—Tour de la Chaîne et tour Saint-Nicolas (avant la restauration).
par des chaînes se manœuvrant de l’intérieur des tours. Le port de la Rochelle présente un exemple de cette disposition. D’après des archéologues dignes de foi, la tour dite de la Chaîne (à gauche du dessin) serait plus ancienne que celle de Saint-Nicolas (à droite du dessin), qui aurait été élevée au XVIᵉ siècle sur la tour contemporaine de celle qui existe encore de l’autre côté du chenal. Les pilotis sur lesquels elles sont bâties paraissent s’être affaissés, ce qui a causé le déversement sensible de la tour Saint-Nicolas. Ces deux tours ne semblent pas avoir été reliées par un grand arc, comme le suppose un projet moderne de haute fantaisie; cet arc inutile aurait été couronné de défenses, non moins inutiles, car il est facile de comprendre qu’une simple chaîne, tendue entre les deux tours pendant la haute mer—le port étant inaccessible à la basse mer,—était bien suffisante pour arrêter les navires de ce temps, dans leurs tentatives de forcer l’entrée du port.
Ponts.—Ainsi que tous les autres édifices construits par les architectes, les ponts remontent aux Romains,