Fig. 195.—Pont d’Avignon.—Ruines du pont de Saint-Bénézet.
qui décoraient ces ouvrages d’arcs de triomphe, comme celui de Saint-Chamas en Provence, connu sous le nom de pont Flavien, et qui paraît remonter aux premiers siècles de l’ère chrétienne.
Plus tard, ces arcs de triomphe se changèrent en ouvrages militaires; ils devinrent des têtes de pont, des bastilles ou des châtelets crénelés, non plus pour orner le pont ou glorifier son fondateur, mais pour défendre le passage de la rivière qu’il franchissait et protéger l’enceinte fortifiée à laquelle il s’attachait.
Parmi les ponts construits au moyen âge par les architectes, le plus ancien paraît être celui de Saint-Bénézet: pont d’Avignon. Commencé vers 1180 et terminé dix ans après, ce pont est un ouvrage des plus remarquables, aussi bien par les difficultés de sa construction que par ses détails architectoniques. Il traverse, ou plutôt il traversait le Rhône,—le bras vers le rocher des Doms étant le plus étroit, mais le plus profond,—dont les crues sont aussi rapides que dangereuses, sur dix-neuf arches, franchissant le fleuve de la rive avignonnaise au pied des Doms pour aboutir, après une légère inflexion au sud, à la tour de Villeneuve, sur la rive droite.
Le châtelet de la rive gauche, dont il reste encore des vestiges, aurait été construit par les papes au XIVᵉ siècle pour assurer le péage de compte à demi avec le roi de France.
Le pont d’Avignon paraît avoir été l’une des premières œuvres de la confrérie des hospitaliers-pontifes, instituée au XIIᵉ siècle pour construire les ponts, secourir les voyageurs, et dont le supérieur était saint Bénézet, à l’époque de la construction du pont sur le Rhône. Cette confrérie comptait dans ses rangs d’habiles architectes, car la construction du pont d’Avignon est remarquable. Les arches, de forme elliptique, sont composées de quatre arcs-doubleaux extradossés, indépendants et simplement juxtaposés, afin d’assurer l’élasticité et, par conséquent, la solidité des arcs; ils ne sont rendus solidaires que par la maçonnerie de remplissage des reins, rappelant le parti architectonique de l’aqueduc, dit le pont du Gard; sa largeur est de cinq mètres. Les arcs reposent sur des piles munies, en amont et en aval, d’un éperon très aigu pour résister au courant ordinaire et à la débâcle des glaces en hiver.
Au-dessus de chaque pile, une arcade en plein cintre, traversant les reins des arches, est destinée au passage de l’eau pendant les grandes crues qui couvrent complètement les piles.
Le pont ne compte plus aujourd’hui que quatre