Fig. 30.—Cathédrale de Soissons. Transsept sud. Coupe de l’arc-boutant.
L’architecte de Soissons ne s’est pas contenté, comme à Noyon, de maintenir latéralement la voûte par des arcs intérieurs combinés avec les arcs-doubleaux du triforium, butant sur un contrefort qui vient épauler le flanc de la nef centrale, il a construit à l’extérieur des arcs libres, naissant au-dessus des combles du triforium, des contreforts, et divisant chacune des travées, c’est-à-dire des arcs-boutants, accusant franchement leur destination effective et leurs fonctions spéciales, qui sont de contrebuter les arcs et les voûtes intérieures aux points de leurs poussées.
L’arc-boutant, combiné avec la croisée d’ogives, en donnant l’essor à un système qui a créé d’immenses édifices qu’il faut admirer, étudier surtout, mais non refaire, prouve la merveilleuse habileté des architectes des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles et en même temps les dangers d’un rationalisme—plus apparent que réel,—qu’ils ont poussé à son extrême limite en s’affranchissant de tout principe traditionnel
Fig. 31.—Vue perspective du transsept sud (cathédrale de Soissons)[12].
et, par conséquent, de toute autorité. Il semble que les constructeurs de ce temps, depuis Noyon, Soissons, Laon, Paris, Sens et Bourges, s’enhardissant à Reims, à Amiens, au Mans, jusqu’à la suprême folie architectonique de Beauvais, se soient ingéniés, en renchérissant les uns sur les autres, à créer des monuments aussi étonnants par leurs dimensions que par les problèmes d’équilibre qu’ils ont posés, sinon résolus.
CHAPITRE VI
ÉGLISES ET CATHÉDRALES DES XIIᵉ ET XIIIᵉ SIÈCLES.
L’étude des grands édifices du moyen âge est des plus attachantes, mais il faut convenir qu’elle est en même temps des plus difficiles. L’obscurité qui couvre l’origine de ces monuments est profonde et souvent impénétrable.
L’indécision sur la date de leur construction doit provenir de ce que la date de fondation d’un édifice est souvent prise pour celle de sa consécration; généralement il a été construit, puis simplement modifié plutôt que complètement réédifié sur le même emplacement consacré.
La cause principale de la destruction partielle ou totale de ces édifices religieux était la foudre. Tombant sur le clocher, sur la tour ou sur la toiture, elle incendiait la charpente de la nef centrale, ce qui n’était qu’un accident réparable; mais la charpente s’écroulant, les bois incandescents calcinaient les piles et entraînaient la ruine de l’édifice; on le restaurait alors ou on le reconstruisait selon les usages du temps. De sorte que, suivant que les notes historiques sont plus ou moins authentiques ou que les faits sont traduits plus ou moins fidèlement, il résulte souvent une confusion pour les monuments disparus ou une contradiction entre les relations transmises et les édifices qui existent encore.