Fig. 32.—Église de Laon.—Plan.
Rajeunir les monuments ou le plus souvent les vieillir, suivant des théories intéressées, est d’autant plus facile qu’on n’a pas à redouter le démenti des auteurs; car, à part quelques exemples, il est souvent difficile d’assigner une date exacte à la construction des grandes églises abbatiales et des cathédrales, ou, si l’on peut fixer ces dates, on ne connaît pas exactement les auteurs de ces magnifiques monuments. Cet anonymat s’expliquerait peut-être par ce fait que les architectes étaient des religieux et que l’honneur de leurs travaux s’attachait à la corporation même, à l’ordre tout entier plutôt qu’aux individus, membres de l’ordre qui, presque toujours, avaient fait vœu d’humilité.
Les savants modernes, architectes et archéologues les plus autorisés, n’ont pas encore fait la lumière totale sur cette question; ils procèdent la plupart du temps par des hypothèses ingénieuses, par des raisonnements savamment déduits, qui ne donnent pas cependant des dates absolument sûres. Mais ce qui ne trompe pas, c’est l’étude architectonique qu’il faut faire de l’édifice même, sans négliger, bien entendu, les documents historiques; elle établit que l’art a suivi au moyen âge, comme en tout temps, les lois immuables de la filiation et de la transformation; elle montre le parti adopté par les constructeurs, leurs recherches, leurs hésitations, leurs erreurs et leurs repentirs même.
C’est sur ces documents certains qu’il convient d’étudier l’origine d’un édifice et ses transformations successives, ce qui a eu lieu plus souvent qu’une reconstruction totale; car ce n’est qu’à partir du commencement du XIIIᵉ siècle que l’on construisit de toutes pièces ces grandes églises, ces immenses cathédrales qui existent encore en grand nombre[13].
Les grandes églises abbatiales élevées dans le domaine royal pendant les dernières années du XIIᵉ siècle, continuées et achevées dans les premières années du XIIIᵉ, conservent des traditions plus anciennes.
Fig. 33.—Église de Laon. Vue intérieure de la nef.
A Laon, qui procède de Noyon et du transsept sud de Soissons, l’église se compose d’une nef, avec transsepts, et de bas côtés à deux étages, voûtés sur croisée d’ogives, au-dessus desquels s’élèvent des arcs-boutants—comme à Soissons—qui maintiennent les voûtes supérieures du vaisseau central.
Cette disposition des bas côtés prouve la continuité