l’église basse ait été achevée pendant le XIIIᵉ siècle, mais non par un Allemand dans la première moitié de ce siècle, car à cette époque l’architecture dite gothique, à l’état embryonnaire en Allemagne, brillait dans tout son éclat en France. L’église haute paraît être d’un siècle plus jeune, et ce qui peut établir sa filiation française,
Fig. 68.—Église de Saint-François, à Assise (Italie). Abside et cloître.
c’est son système de construction qui a tous les caractères particuliers de celui en usage à la fin du XIIIᵉ siècle et dans les premières années du XIVᵉ dans le midi de la France, dont l’église d’Albi est le type parfait[20]. La nef unique, ses contreforts avec leurs saillies intérieures et leurs formes extérieures—en demi-tourelles—ajoutent encore à la ressemblance de l’église italienne d’Assise avec l’église albigeoise française.
CHAPITRE IX
ÉGLISES DES XIVᵉ ET XVᵉ SIÈCLES EN FRANCE ET EN ORIENT.
«Le XIIIᵉ siècle avait tant produit, en fait d’architecture religieuse, qu’il laissait peu à faire aux siècles suivants. Les guerres, qui bouleversèrent la France pendant les XIVᵉ et XVᵉ siècles n’auraient plus permis d’entreprendre des édifices d’une importance égale à celle de nos grandes cathédrales, en admettant qu’elles n’eussent pas été toutes élevées avant ces époques désastreuses. Les édifices religieux complètement bâtis pendant le XIVᵉ siècle sont rares, plus rares encore pendant le siècle suivant. On se contentait alors de terminer les églises inachevées, ou de modifier les dispositions primitives des églises des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, ou de les restaurer et de les agrandir. C’est à la fin du XVᵉ siècle et au commencement du XVIᵉ, alors que la France commence à ressaisir sa puissance, qu’un nouvel élan est donné à l’architecture religieuse; mais la tradition
Fig. 69.—Église de Saint-Ouen, à Rouen.—Tour centrale et abside, façade sud.
gothique, bien que corrompue, abâtardie, subsiste. Beaucoup de grandes cathédrales sont terminées, un grand nombre de petites églises, dévastées pendant les guerres, ou tombées de vétusté par suite d’un long abandon et de la misère publique, sont rebâties ou réparées. Mais bientôt la Réformation vient arrêter ce mouvement et la guerre, les incendies, les pillages détruisent ou mutilent de nouveau la plupart des édifices religieux à peine restaurés. Cette fois le mal était sans remède, lorsqu’à la fin du XVIᵉ siècle le calme se rétablit de nouveau; la Renaissance avait effacé les dernières traces du vieil art national et si, longtemps encore, la construction des édifices religieux, les dispositions des églises françaises du XIIIᵉ siècle furent suivies, le génie qui avait présidé à leur construction était éteint, dédaigné[21].»
L’église de Saint-Ouen, à Rouen, est un exemple des rares édifices religieux du Nord construits pendant le XIVᵉ siècle, à l’exception des tours de l’ouest et de la façade qui sont modernes. Les dispositions de ces églises varient parce qu’elles suivent le mode de construction adopté par les architectes du Nord, au XIIIᵉ siècle, avec cette particularité que les piles s’affinent ou plutôt s’effilent, moins par la réduction réelle des points d’appui que par l’affectation d’en diminuer l’apparence, en multipliant les lignes verticales du faisceau qui forme les piles, dont la gracilité est encore augmentée par l’extrême profusion des moulures et la complication des profils évidés à l’excès. Ces profils et ces moulures montent de la base au sommet en marquant encore, au XIVᵉ siècle, la naissance des arcs par des bagues sculptées surmontées d’un rudiment de tailloir, lignes et détails caractéristiques, derniers vestiges des traditions qui disparaissent au XVᵉ siècle; les lignes architectoniques des arcs croisés de la voûte et des arcs longitudinaux et latéraux, s’effilant encore et n’indiquant leurs naissances qu’à la base des piles qui présentent un réseau inextricable de moulures croisées, entre-croisées et imbriquées, démontrent surtout l’habileté de main du tailleur de pierre.