Fig. 70.—Cathédrale d’Albi.—Plan.
Il semble que la préoccupation des architectes de ce temps ait été de faire disparaître les pleins pour ne laisser apparentes que les piles et les voûtes amincies; il n’existe plus de murs que dans la partie basse des fenêtres dont les claires-voies occupent tout l’espace compris entre les piliers. Les voûtes ne laissent plus voir leurs triangles qui disparaissent sous un réseau serré de croisées d’ogives supplémentaires et, par conséquent, inutiles ou simplement décoratives. Il est juste de noter que les claires-voies de ces immenses fenêtres furent ornées de verrières qui ont donné l’essor à l’art de la peinture sur verre, art admirable, d’une merveilleuse souplesse, qui s’était manifesté dès le XIIᵉ et le XIIIᵉ siècle et qui a produit, depuis cette époque jusqu’à la Renaissance, de véritables chefs-d’œuvre[22].
Cependant il faut remarquer que le grand mouvement de construction et même de reconstruction qui s’était manifesté, dans toute l’Europe occidentale et particulièrement dans les provinces françaises du Nord, par de grands édifices voûtés et arc-boutés, avec les modifications successives que nous venons d’indiquer, ne s’était pas généralisé dans le Midi, à part quelques exceptions: à Bazas, à Bayonne, à Auch, à Toulouse et à Narbonne, pour ne parler que des édifices importants. Les architectes du Midi, ainsi que nous l’avons déjà dit, soit par réaction, résistance ou défiance, avaient conservé les traditions antiques, ce qui s’explique simplement dans un pays où tout ce qui touchait à la construction était resté gallo-romain. Les constructeurs des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles avaient bien accepté, sans déroger à leurs principes conservateurs, la voûte sur croisée d’ogives inventée par les Angevins et d’un emploi si facile dans son admirable simplicité; mais ils conservèrent dans les dispositions générales de leurs édifices religieux les usages et les exemples romains dont les plus connus sont la basilique de Constantin et le Tépidarium des Thermes d’Antonin Caracalla à Rome[23].
On construisit dans le Midi, à la fin du XIIIᵉ siècle et pendant le XIVᵉ, un grand nombre d’églises composées d’une seule nef, large et haute, dont les voûtes, sur croisée d’ogives, sont maintenues par des contreforts accusés faiblement à l’extérieur, mais fortement à l’intérieur; des chapelles au-dessus desquelles étaient ménagées des tribunes ou une galerie de passage occupant la grande saillie des contreforts intérieurs. A Toulouse, dans la seconde moitié du XIIIᵉ siècle, on bâtit, en briques du pays, les deux vastes églises des Cordeliers et des Jacobins; celle-ci possède deux nefs selon les usages dominicains du temps, mais ses dispositions extérieures sont semblables à celles des églises à nef unique. Les églises de Saint-Bertrand de Comminges, de Lodève, de Perpignan, de Condom, de Carcassonne, de Gaillac, de Montpezat, de Moissac, etc., etc., furent élevées aux XIVᵉ et XVᵉ siècles sur le plan des églises à une seule nef. Celle de Perpignan présente cette particularité que les voûtes sur croisée d’ogives sont cependant construites selon les procédés romains, conservés aussi bien comme forme donnée aux matériaux en terre cuite, que dans le mode de les mettre en œuvre; les reins de la voûte—qui ne mesure pas moins de seize mètres de largeur—sont garnis par des jarres en terre cuite hourdées en excellent mortier de chaux d’une grande dureté. La toiture proprement dite est portée, sans aucune charpente en bois, sur des voûtains en briques romaines reliées par une aire en terre cuite recevant les tuiles, également de forme romaine antique, et rejetant au dehors les eaux d’infiltration par suite de rupture des tuiles, précaution nécessaire pour protéger les voûtes en les gardant complètement étanches, condition essentielle de leur conservation.
Fig. 71.—Cathédrale d’Albi.
Coupe sur la nef.
La cathédrale de Sainte-Cécile à Albi est le monument type des grandes églises à une seule nef. Son immense vaisseau unique, qui n’a pas moins de dix-huit mètres de largeur, construit entièrement en briques, sauf les meneaux des fenêtres, la clôture du chœur et le porche sud, en fait l’un des plus vastes édifices parmi ceux qui ont été construits dans le