suivis et dont on n’exécuta qu’une partie; nous prenons pour exemple un monument célèbre, le Mont-Saint-Michel. Le chœur de l’église, de l’époque dite romane, s’était écroulé en 1421, pendant la guerre de
Fig. 76.—Abbaye du Mont-Saint-Michel. Plan du chœur au-dessus des chapelles basses.
de la galerie, dite Cent ans. En 1452, le cardinal Guillaume d’Estouteville commença la reconstruction de l’église suivant un projet considérable et dont on ne put achever que le chœur[25] dans les premières années du XVIᵉ siècle. Cette partie de l’église nous montre les effets de la décadence qui s’était annoncée dès la fin du XIIIᵉ siècle. Certaines dispositions, comme celle de la galerie, dite triforium, posée sur des encorbellements portant sur les reins des voûtes basses et contournant extérieurement les points d’appui, sont très ingénieuses; mais l’appareil est négligé surtout dans les arcs-boutants, à la construction desquels les architectes du XIIIᵉ siècle apportaient tant de soins; les lignes amincies par la multiplicité des moulures s’effilent encore, sans chapiteaux indiquant la naissance des arcs et le réseau compliqué des fenestrages ajoutant encore à l’effet produit par une sorte d’étirage qui amoindrit les proportions de l’édifice. Il ne reste plus qu’à admirer l’habileté de main des tailleurs de pierre. La taille du granit, la seule pierre employée au Mont-Saint-Michel, sauf pour les arcatures du cloître[26], est absolument remarquable, aussi bien que la sculpture ornementale, exécutée avec une extrême adresse, malgré les détails dont elle est surchargée.
La décadence de l’architecture dite gothique s’était manifestée dès la fin du XIIIᵉ siècle par les tours de force du chœur de Saint-Pierre à Beauvais et de l’église de Saint-Urbain à Troyes. On construisit pendant les XIVᵉ et XVᵉ siècles des édifices ou des parties d’édifices avec une adresse souvent remarquable; mais l’art de l’architecture, si fort dans sa simplicité au XIIIᵉ siècle, ne se manifeste plus dès la fin du XVᵉ que sous des formes maniérées dont le portail de la cathédrale d’Alençon peut donner une idée, et qui ne fait que s’accentuer encore au siècle suivant.
«Le meilleur côté de l’art en décadence n’est pas la construction des églises, c’est plutôt leur décoration et leur ameublement; là brillent l’habileté dans le détail et la patience dans l’exécution qui distinguent les tailleurs de pierre et les imagiers des deux derniers siècles du moyen âge[27].»
Fig. 77.—Abbaye du Mont-Saint-Michel.—Détails de l’abside (fin du XVᵉ siècle).
L’architecture dite gothique avait montré sa force